Une vérité journalistique ?

Ne vous est-il pas arrivé d’entendre ou de dire vous-même “C’est vrai, je l’ai entendu à la télé, à la radio ou encore je l’ai lu dans le journal ?…” Durant un cours de philosophie au collège, un professeur nous avait démontré à quel point les articles journalistiques sont souvent remplis de subjectivisme… Cela est surement encore plus vrai aujourd’hui… alors qu’on véhicule un esprit de relativisme…

Devant les questionnements entourant l’orthodoxie des méthodes utilisées par Michael Moore dans son film Sicko (attaques contre le système de santé américain) qui prendra l’affiche d’ici peu sur les écrans nord-américains, j’ai décidé de republier cet article (paru en mai 2004 sur mon site personnel, mise-à-jour du document).

Le cinéaste affirme maintenant être victime d’harcèlement de la part du gouvernement américain (technique pour promouvoir son film ou réalité?) … On peut se souvenir également que deux cinéastes canadiennes avaient dénoncé les méthodes utilisées par le cinéaste… C’est dans ce contexte qu’il m’apparaît important de réfléchir ensemble sur l’éthique journalistique… Existe-t-il une vérité journalistique ?

Né le 23 avril 1954,au Michigan,le réalisateur américain Michael Moore (qui a son site personnel) connait de plus en plus de succès. Plusieurs louangent son travail qui semble allié documentaire journalistique et justice. De fait, ce réalisateur récipiendaire d’un Oscar à Hollywood et d’une Palme d’Or à Cannes semble avoir porté un nouveau genre de film au grand écran. Depuis son succès aux Oscars 2002, plusieurs autres réalisateurs ont suivit son pas (par exemple, Super Size Me et The Corporation.) Sa filmographie (dans lequel joue Michael Moore) en tant que directeur nous montre bien la richesse de son travail:

Michael Moore est bien connu pour ses réalisations :

Fahrenheit 9/11 1/2 (2008)
Uprising (2007)
Sicko (2007)
Fahrenheit 9/11 (2004) : Gagnant de la Palme d’or 2004 à Cannes
Bowling for Columbine (2002) : Meilleur documentaire aux Oscars 2002
And Justice for All (1998)
Big One, The (1997)
Canadian Bacon (1995)
Two Mikes Don’t Make a Wright (1992)
Roger & Me (1989)

Michael Moore est donc une personne bien en vue dans le milieu cinématographique. Il ne laisse personne indifférent. Plusieurs en parle comme un show-man, d’autres comme d’un “Nounours en croisade“. Mais pourquoi parle t’on ainsi ? Nous n’avons qu’à nous rappeler la lettre qu’il a écrite au président Bush au moment de déclanchement de la guerre contre l’Irak. Il dénonçait un acte injuste mais dans un style très coloré tout cela au nom de la vérité. Michael aime dénoncé. Il reconnait l’impact de ses films sur les cinéphiles…

1- IMPACT DES FILMS SUR LES CINEPHILES

Dans ses essais, dans ses films, dans ses livres Michael Moore n’offre pas toutes les réponses, mais il sait souvent poser les questions. Questions souvent embarrassantes. Il ne faut pas le cacher.

« Mes films ne sont pas montrés dans les cinémas d’art et d’essai aux États-Unis, mais dans les grandes salles commerciales. J’ai la chance de pouvoir toucher un public beaucoup plus vaste que d’ordinaire pour un documentaire. Lors de la sortie de Bowling For Columbine, le distributeur avait réalisé une étude à la sortie des salles qui révélait que pour 70% des spectateurs, c’était la première fois qu’ils voyaient en documentaire dans un salle de cinéma ! Et je pense qu’il en sera de même pour le nouveau. Miramax a l’intention qu’il soit diffusé partout aux États-Unis. »

Les films de Moore ont tellement d’impacts qu’il s’est vu refusé la distribution de son film par le propriétaire de la boîte de production Miramax, M. Eisner, pdg de Disney. Suite au fait que Moore a gagné la palme d’or du festival de Cannes avec son film Farenheit 9/11, Moore a lui-même déclaré que les américains pourraient enfin voir son film. Mais, de fait qu’en est-il de l’impact du cinéma et des médias dans nos vies ? Si cela est vrai d’un impact positif tel que Moore le suppose ici sur la sensibilisation, il serait bon de se demander si certains films ne pourraient également avoir des impacts négatifs sur des cinéphiles… Alors, ne devrait-on pas aussi discerner le vrai du faux ?

Au nom de la vérité, Michael Moore dénonce les abus des personnes en pouvoir. N’utilise-t-il pas lui aussi son pouvoir pour affirmer des vérités? Comment peut-on alors expliquer que d’innombrables cinéphiles ont découvert (il faut évidemment aussi être prudent quant à leurs affirmations) que Michael ne dirait pas toujours la vérité… Du moins, ne l’aurait-il pas un peu arrangé…?

A la sortie de son très populaire film Bowling for Columbine, des centaines de sites internet sont apparus pour dénoncer certaines erreurs ou falsifications contenus dans le film. Pour ceux et celles qui ont la capacité de lire l’anglais, voici deux sites fort intéressants à ce sujet : Bowling for truth et moorelies.com . Reconnaissant l’impact des films et des médias sur les cinéphiles, peut-on vraiment croire à l’objectivité journalistique ?

2- OBJECTIVITÉ JOURNALISTIQUE

Lorsque nous parlons d’objectivité journalistique, il ne s’agit pas ici de condamner Michael Moore. Il suffit plutôt de nous sensibiliser à certaines libertés artistiques et journalistiques que prennent certains réalisateurs, journalistes et autres. Certains joueront avec la vérité en juxtaposant des parcelles de vérités indépendantes les unes des autres (mais chacune vraie en soi) pour affirmer une réalité conséquente qui ne sera nullement vraie puisque composée d’éléments n’ayant aucun lien entre elles. Il en résulte une fausseté. Nous n’avons ici qu’à penser au cas rapporté dans le film Shattered Glass (c.f. scandale du journaliste Stephen Glass du New Republic, qui pendant plusieurs années forgeait des histoires de toutes pièces). De plus, il ne faut oublier que même les vérités énoncées passent toujours par le langage, une certaine analyse subjective, les préceptes humains et une idée sous-jacente. En général, la «vérité» dépassera la façon humaine dont elle est décrite.

3- ÉTHIQUE ET AUTOCONTROLE EN JOURNALISME

Certains pays se sont dotés d’un code de déontologie journalistique pour prévenir les abus et la désinformation. En Europe, le Conseil de l’Europe regroupant des membres de l’assemblée parlementaire ont adopté en 1993 une série de principes éthiques du journalisme sous l’énoncé de la résolution 1003.En voici, un court extrait :

Les médias doivent s’engager à se soumettre à des principes déontologiques rigoureux garantissant la liberté d’expression et le droit fondamental des citoyens à recevoir des informations vraies et des opinions honnêtes…Pour la surveillance de la mise en application de ces principes, il faut créer des organismes ou des mécanismes d’autocontrôle composés d’éditeurs, de journalistes, d’associations d’utilisateurs des médias, de représentants des milieux universitaires et de juges qui élaboreront des résolutions sur le respect des préceptes déontologiques par les journalistes, que les médias s’engageront à rendre publiques. Tout cela aidera le citoyen, qui a droit à l’information, à porter un jugement critique sur le travail du journaliste et sur sa crédibilité.

D’autres chartes ont été élaborés à cet effet: le syndicat national des journalistes français, le conseil de Presse du Québec, la Society of professionnal journalists. Comme on peut le constater, bien des codes semblent nous protéger des fausses vérités. Pourtant, le journalisme - tout comme toute autre profession- doit admettre que l’erreur est possible(qu’elle soit volontaire ou involontaire).

4- ÉGLISE, MÉDIA ET ÉTHIQUE DE VÉRITÉ

L’expansion des communications sociales touche bien des pans de notre vie privée ou communautaire. Que ce soit au niveau socio-culturel, professionnel, politique ou religieux, les communications touchent les dimensions éthiques de notre vie. En ce sens, tout comme le politicien, le journaliste doit aussi tenir compte de la liberté religieuse. Celui qui est chrétien doit aussi respecter et agir en cohérence avec les valeurs réelles de sa foi.

L’Église catholique reconnait l’importance des communications dans la vie de ses fidèles. Dans le cadre de la 38e journée mondiale des communications (le 23 mai dernier), le pape Jean-Paul II a rédigé un message intitulée : Les médias en famille: un risque et une richesse. Dans un passsage, il souligne à quel point il est important d’être responsable lorsqu’il s’agit d’être agents de communications sociales:

Les moyens de communication sociale possèdent un immense potentiel positif pour la promotion de solides valeurs humaines et familiales, contribuant ainsi au renouvellement de la société. Si l’on considère leur grande capacité de modeler les idées et d’influencer les comportements, les agents des communications sociales doivent reconnaître qu’ils ont non seulement la responsabilité d’apporter aux familles tout leur encouragement, leur aide et leur soutien possible dans ce but, mais également de faire preuve de sagesse, d’un bon jugement et de correction en présentant les questions concernant la sexualité, le mariage et la vie familiale.

Il est donc fort louable pour un tel agent de vouloir dénoncer les politiques contre l’armement et la torture. Il est nécessaire de dénoncer les politiques qui contribueraient à un accroissement de la violence. Cependant, il ne faut pour cela utiliser des arguments biaisés. Il faut être cohérent, véridique et authentique. Des défis tels que les menaces contre la survie, la «culture de la mort», la violence, l’absence de protection, le sous-développement, le chômage, les migrations, les distorsions des moyens de communication, etc., ne peuvent être affrontés avec succès qu’à partir d’une conception des droits humains qui s’exercent concrètement à travers la famille, en transformant la société qui en elle et par elle se génère. (c.f. Famille et droit de l’Homme, no. 8)” C’est ce que l’Église affirme tout au long de sa Charte des droits de la famille.

Dans son homélie du JUBILÉ DES JOURNALISTES, le cardinal Roger Etchegaray rappelait ceci :

L’homme qu’exaltent les médias est trop souvent l’homme qui possède, qui domine. Ce n’est guère l’homme qui vit selon les Béatitudes, qui va à contre-courant des idées reçues. Le simple jeu de l’offre et de la demande ne saurait guider la communication. N’avez-vous pas, par amour de la vérité de l’homme, à faire découvrir davantage ce qu’il y a de meilleur en lui, car tout homme conserve un coin, si petit soit-il, exposé au soleil de Dieu? Bien plus, François Mauriac, le romancier du pêché, a écrit “La sainteté du monde n’a pas diminué.. Un fleuve de grâce circule sans fin à travers le monde.” Ce fleuve intarissable, aux mille méandres de la vie quotidienne, où se baignent tant d’être humains, n’a pas encore assez débouché sur la scène des médias…Eglise et médias se sont souvent boudés et il reste encore beaucoup à faire, de part et d’autre, pour nous apprivoiser mutuellement, selon l’expression de Saint-Exupery, sans trop nous demander d’ailleurs qui est le Renard et qui est le Petit Prince! Accord qui ne saura jamais être parfait, car l’Eglise, comme son Seigneur, sera toujours cloué au pilori de l’opinion publique. Et, s’il est vrai que l’Evangile est une Nouvelle, une “Bonne Nouvelle” à confier à tous les médias, le paradoxe de l’Eglise par rapport aux médias est qu’elle n’est jamais aussi fidèle à sa mission que lorsqu’elle invite au mystère et conduit à l’intériorité, à la contemplation; mais même alors, tout journaliste est appelé à être en toutes circonstances l’ange du Très Haut.

En ce sens, il serait important de nous rappeler le sens des communications chrétiennes. Que signifie être un journaliste catholique professionnel?

Cela signifie, selon Jean-Paul II, tout simplement être une personne intègre, une personne dont la vie personnelle et professionnelle reflète les enseignements de Jésus et de l’Evangile. Cela signifie rechercher les idéaux les plus élevés de professionnalisme, être un homme ou une femme de prière qui cherche toujours à donner le meilleur de ce qu’il a à offrir. Cela signifie avoir le courage de rechercher et de rendre compte de la vérité, même lorsque la vérité dérange ou n’est pas considérée comme “politiquement correcte”. Cela signifie être sensible aux aspects moraux, religieux et spirituels de la vie humaine, des aspects qui sont souvent mal compris ou délibérement ignorés. Cela signifie rendre compte non seulement des mauvaises actions et des tragédies qui ont lieu, mais également des actions positives et encourageantes accomplies au nom de ceux qui sont dans le besoin: les pauvres, les malades, les personnes handicapées, les plus faibles, ceux qui seraient autrement oubliés par la société. Cela signifie offrir des exemples d’espérance et d’héroïsme dans un monde qui a désespérément besoin de ces deux valeurs.

On ne peut utiliser volontairement un mauvais moyen pour en arriver à une bonne fin. Utiliser de fausses prémisses pour en arriver à une conclusion vraie et bonne serait rendre les gens dans l’erreur, donc contre le code de déontologie journalistique et de morale religieuse.

En conclusion, plusieurs personnes semblent condamner les propos et/ou la technique utilisée par Michael Moore dans ces documentaires dénonciateurs, souvent empreints d’humour. D’autres part, certaines gens ne semblent pas faire un discernement sur la véracité de propos journalistiques. Il est important de toujours rechercher la vérité, de vouloir discerner ce qui est vrai de ce qui est subjectif ou trompeur. Que ce soit dans le domaine religieux, politique, socio-culturel ou cinématographique, il faut que notre recherche de vérité nous amène à construire la famille à petite et grande échelle. En d’autres mots, il ne faudrait pas, par exemple, au nom de certaines valeurs politiques, en venir à détruire la cellule familiale; il ne faudrait pas au nom d’une liberté d’expression en venir à détruire la vie. Bien des points mériteraient d’être ici soulignés. À vous maintenant de réagir !!!

Une critique de son film “Fahrenheit 9/11″ par Guilhem Cottet.


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