Une ciné-catéchèse près de chez vous!
Avant de devenir séminariste, j’ai travaillé pendant plus de treize ans comme gérant de cinémas. Cette expérience de travail a été fort profitable pour moi à divers niveaux. Elle m’a fait grandement cheminer au niveau humain, professionnel voire même spirituel. Eh oui, spirituel ! Elle m’a permise de rencontrer plein de gens, de vivre diverses situations qui me permettent d’être innovateur pastoralement parlant et surtout de voir la présence du Christ dans ce milieu qui, aux yeux de plusieurs, semblent si loin de la vie d’un futur prêtre.
C’est dans ce milieu que j’ai rencontré aussi le sens de la pauvreté, le sens des valeurs, la nécessité de dépasser les premières impressions. En côtoyant des clients, en faisant des entrevues d’employés, en vivant avec de riches gens de la sphère hollywoodienne d’Orlando (Floride) et avec des gens très pauvres (résidant à quelques pas des riches), j’ai vu quelle est la personne sur laquelle je peux centrer toute ma vie : notre seigneur Jésus Christ. Après ces multiples expériences de travail, je peux affirmer que peu importe ce qui arrive, le Christ est là tout près de nous. Il est là dans les beaux moments, comme dans les plus difficiles. Ce travail m’aura permis de découvrir aussi combien les médias (télé, journaux, cinémas, etc.) sont formateurs des idées qui circulent dans notre société. Certains films iront jusqu’à manipuler la pensée des cinéphiles. Le cinéma est devenu un véhicule idéologique, souvent sans que nous en ayons conscience. Mais, heureusement Dieu se sert de bien des gens et des événements pour nous guider vers l’appel qui est nôtre. Il nous faut toutefois discerner ce qui vient de lui et de l’esprit du monde.
Comme gérant de cinéma, j’ai vu plus de 2500 films. Je devais tout voir ce qui sortait sur le grand écran. Je devais voir quels étaient les besoins de ma clientèle. J’avais un esprit compétitif. Peu à peu, j’apprenais à apprécier mes clients, plusieurs devenaient des amis. Je tentais de découvrir qu’est-ce qui les rendraient le plus heureux (leurs goûts, leurs attentes, etc.). Plein d’idées me venaient à l’esprit pour faire grandir ce bonheur qu’ils souhaitaient. Quoique je fasse, je voyais cependant que le bonheur qui en résultait était pour moi et pour eux artificiel. Il fallait aller plus loin. J’avais un esprit de croissance face à l’entreprise. Je souhaitais faire vivre de belles expériences aux individus et aux familles qui y venaient. J’allais jusque prier le Seigneur jour après jour afin qu’il me donne la façon de les rendre heureux.
Des idées, j’en avais. Pour le film Jurassic Park II(à Orlando), j’ai contacté des écoles secondaires afin de créér un concours : les étudiants qui confectionneraient le plus beau et le plus réel dinosaure verraient leurs oeuvres présentés dans le hall du cinéma. Pour les ados, j’ai créé des nuits d’horreurs (3 films pour 5$) avec des décors (que je créais avec le personnel) et installais dans les vitrines des commerces avoisinants. Je fesais aussi des matinées spéciales pour la famille à 1$ par personne, des projections dont les profits étaient pour la guignolée. Rien de trop beau pour rendre les gens heureux … momentanément!
Un peu plus tard, je suis devenu gérant de club vidéo. Toujours dans ce soucis de rendre les gens heureux, je permettais aux enfants d’avoir des dessins animés gratuits (lorsque leurs parents louaient des films familiaux). Dans le but, de divertir le plus grands nombres de familles j’ai créé aussi dans un de mes cinémas des passeports du cinéphile et des lundis-shows à $2.99 par personne (primeurs de la semaine incluse). J’aimais bien voir les avantages et les désavantages des projets mis de l’avant par mes compétiteurs. Je savais qu’en équipe (avec mes employés) nous pourrions aller plus loin qu’eux. Cependant, le vrai bonheur n’était pas là. Ma soif de bonheur est devenue telle que le Seigneur a mis sur mon chemin des gens qui m’ont réinvité à le suivre dans un cheminement vocationnel. Ces gens étaient des chrétiens. Leur joie venait de la prière, du partage de foi et, surtout, de leur rencontre avec le Christ. Ils avaient rencontré une personne qui leur donnait le bonheur.
En Église, ce n’est pas comme dans le milieu commercial. Ce n’est pas un travail de compétition, même avec les meilleures intentions. C’est un travail d’équipe, de collaboration afin de faire connaître celui qui donne sens à notre vie, qui en est la source. Comme diacre, j’ai aussi regardé ce qui se fait dans les diverses unités pastorales de notre diocèse voire de l’Amérique afin de créer en solidarité (et non en compétition) avec ces églises des moyens qui permettaient aux jeunes et aux moins jeunes de faire une rencontre personnelle avec le Christ. Ce que je veux qu’il rencontre n’est pas un produit, mais une personne… une personne qui a donné sens à toute ma vie.
Le but de l’église n’est pas d’avoir le plus de familles et d’individus possible dans un but lucratif mais de les inviter à cette vie de famille pour construire ensemble une église des plus vivantes. Ce que nous vivons en Église n’est pas une expérience d’un instant (+/-2heures) mais un cheminement de vie; une expérience pour toute notre vie. Un temps de joie intérieur et d’espérance !
Cependant, les loisirs peuvent être au service de la foi. Plusieurs paroisses font des activités sportives; d’autres se sont des activités culturelles. Dans la fraternité, le bonheur du Christ peut se manifester. L’important, c’est de montrer Celui qui est la source du bonheur réel. Mon bonheur, c’est le Christ.
Notre société cherche aussi le bonheur. Comment communiquer le bonheur reçu à l’autre ? Il y a plusieurs techniques de communication qui ne sont pas à négliger. Il y a des moyens de communiquer notre foi. Au fil des ans, l’audio s’est peu à peu jumelé au visuel. Avant, la radio était le seul moyen de communiquer. Le chapelet quotidien y prenait place. Il y avait aussi les livres. Maintenant, tous les sens servent à une bonne communication (la télé, l’Internet, le chant, les arts, etc.) et même le cinéma ! Ce n’est pas pour rien que des analystes ont affirmé que les salles de cinémas sont devenues les cathédrales des temps modernes. C’est là que les gens se regroupent, mangent en commun, partagent, vivent une expérience commune de joie qui les appellent à partager avec les gens de l’extérieur. La fraternité y est présente. Elle se communique. Nous n’avons qu’à regarder la frénésie créée par les Sagas Star Wars, Lord of the rings, etc. Les salles comblent des cinémas ne nous rappellent-elles pas les églises pleines de la veille de Noël ? Mais quel bonheur est-ce ?
Pourquoi alors ne pas joindre l’utile à l’agréable ? Pourquoi ne pas faire de la ciné-catéchèse ? Comment découvrir la présence du Christ dans toute notre vie, même dans un instant de loisir ?
Un film peut être regardé comme un simple loisir. Ou encore, à un autre niveau on peut voir comment il peut nous aider à grandir. Ou encore plus loin, comment peut-il m’aider dans ma relation avec soi, l’autre et Dieu ? Un film violent, que puis-je faire pour enlever cet esprit de violence chez moi et envers les autres ? Le Christ a t-il quelque chose à me dire à ce sujet. Un film sentimental… quelles sont mes forces et mes faiblesses dans mes relations ? Une comédie … Mon humour est-il blessant ou aide t-il à construire la société ? Les films me présentent-ils la réalité et/ou la fiction ? Cela peut paraître aller de soi mais bien des gens ont de la difficulté à faire la part des choses. Bien des questions peuvent nous venir d’un simple visionnement !
Dans cette optique, il y a environs un an, j’ai eu la chance d’assister (dans un contexte paroissial) à la projection du film “Le jour de la marmotte” mettant en vedette Bill Murray. Avec l’équipe d’animation, il y avait un groupe de 30 jeunes. Le film était humoristique, il est vrai au premier niveau. Mais pourquoi ne pas aller à un autre niveau et voir la transformation du personnage de Bill Murray? Quel événement a changé sa vie ? Comment était-il avant et après l’événement ? Connaissait-il Jésus ? Sinon, comment Jésus aurait-il pu changer sa vie et la situation ? Comment cela peut-il s’appliquer aussi à ma vie ? Cela me rappelle t-il la vie d’un saint ou d’une sainte ?
Cette expérience m’a ébloui. Aujourd’hui, je choisis de vous la transmettre. Je sais que l’Église peut contribuer à la vie culturelle. Après un repas hot-dogs, ces jeunes de 10 à 17 ans ont pu fraterniser, voir le film, échanger en petits groupes (selon l’âge) et en plénière, prier. La même expérience aurait pu être faite avec d’autres films (certains pour des jeunes, d’autres pour des adultes): Bruce le Tout-Puissant, Superman, une multitude de vie de saints, Hôtel Rwanda, Bénis sois-tu prison, Cry freedom, Les choristes, Lost in translation, Prince d’Égypte, Payez au suivant, les Chroniques de Narnia ou encore, pour les adultes le célèbre Passion du Christ, etc. ou d’ici quelques semaines, le Pont de Terabithia !
Pourquoi ne pas mettre les arts, tel le cinéma, au service de l’évangélisation ? La ciné-catéchèse, ça vous dit ? Connaissez-vous d’autres films qui pourraient intéresser des cinéphiles pour une réflexion sur la foi ?
Évidemment, ce moyen ne doit pas devenir une fin, pas plus qu’un enfant ne doit en rester au dessin qu’il a produit pour décrire une page d’évangile… Le but de tels exercices est de faire grandir notre relation personnelle au Christ. Comme point de départ chez l’enfant comme l’adulte, la ciné-catéchèse peut être intéressante. Cependant, il ne faut en rester là. Il nous faut prier, dialoguer avec Lui pour mieux le connaître, mieux l’aimer, mieux vouloir le faire connaître à nos amis. Comme moyens privilégiés pour le rencontrer, l’Église nous propose la lecture, la méditation de la Parole de Dieu ainsi que des temps de prières, d’oraison et d’adoration eucharistique. Ces moyens nous amèneront peu à peu à vivre de la charité du Christ.
Le Seigneur utilise bien des chemins pour nous rejoindre, car il nous aime. Tous et chacun, nous sommes ses enfants.
Autres données sur ce sujet :
- La représentation de l’image de Jésus au cinéma
- Decent Films (appréciation de films d’un point de vue catholique - site anglais)
