Les “nouveaux péchés” : lettre au Journal

Bonjour,

Je lisais avec intérêt votre article de ce matin (lundi) dans le Journal. Je voulais vous remercier pour la façon dont vous avez abordé le sujet et pour votre neutralité.

Je vous écris cependant à cause des sujets que vous prévoyez aborder demain et mercredi (les 7 péchés et les “nouveaux péchés“). Depuis que l’entrevue avec l’archevêque Gianfranco Girotti est paru dans l’Osservatore Romano, beaucoup de désinformation a paru dans les journaux à travers le monde– autant au sujet de la nature de cette entrevue (le “Vatican a dit”…) et son contenu (”7 nouveaux péchés capitaux!”).

(Malheureusement, l’ineptie générale des médias lorsqu’il est question de sujets religieux est rendue une triste blague dans les cercles catholiques. Il y a même un blogue (anglais) qui a été créé à ce sujet) (Je vous donne d’ailleurs le lien à l’article-blogue qui a traité de cette fameuse nouvelle des “nouveaux péchés”!).

J’ai dû écrire à CTV news, qui a (comme tant d’autres) complétement loupé la nouvelle! L’archévêque Girotti n’a pas “inventé” de nouveaux péchés! Les péchés qu’il a nommés sont “nouveaux” dans le sens qu’ils sont typiques de notre époque. Ce n’est pas parce que l’archévêque affirme que la consommation de drogue est un péché que soudainement c’est un péché et que les consommateurs de drogues autrefois ne brisaient aucune barrière éthique! Il affirme que l’accumulation excessive des richesses est un péché… Ce n’est pas très différent du péché capital de l’avarice! On voit bien que ce n’est pas un “nouveau” péché… Mais il est nouveau dans le sens de notre compréhension moderne de la justice sociale (éviter de creuser l’écart entre les riches et les pauvres)…

Autre aspect qui est généralement mal compris par les journalistes : la notion de péché “véniel” et “mortel” dans la foi catholique et la différence avec les 7 péchés “capitaux”. (La confusion vient souvent du fait qu’en anglais, les 7 péchés capitaux se disent “deadly sins”- ce qui fait pensé aux “mortal sins”, mais c’est une mauvaise traduction et ce n’est pas la même chose!…).

J’ai d’ailleurs écrit un article il y a un certain temps sur mon blogue pour clarifier cette question

Dans un autre de mes articles, je précise la différence entre un péché “véniel” et un péché “mortel” :

“Rappel : les trois conditions requises pour qu’un péché soit « mortel » sont 1) la matière grave (par exemple, une violation sérieuse d’un des commandements de Dieu), la pleine connaissance (la personne sait que c’est un péché et comprend pourquoi) et plein consentement (la personne a commis le péché sans aucune contrainte, sans contraintes extérieures (par exemple “quelqu’un m’a incité à le faire!”) ou contraintes intérieure/ mentales/ psychologiques - par exemple, intoxication (sous l’influence de l’alcool, de drogues), inquiétude, crainte, effort grave, maladie, fatigue extrême, etc… Ces types d’influences peuvent affecter le consentement d’une personne, selon la nature du péché et la situation spécifique.

Toutes les fois que nous parlons d’un péché en tant que “péché mortel”, nous devons nous rappeler que ces trois conditions sont toujours nécessaires pour qu’un péché soit effectivement mortel, c’est-à-dire pour qu’il nous coupe de la communion avec Dieu (il nous prive de notre “état de grâce”). Puisqu’il n’est pas facile de juger subjectivement de la “mortalité” d’un péché donné, il est toujours important d’admettre humblement les péchés qui ont une matière grave.”

Enfin, CTV news avait écrit sur leur site internet que les “péchés véniels” étaient les petits péchés qui pouvaient être pardonnés alors que les “péchés mortels” devait être absolument confessés dans le sacrement du pardon sinon c’est “l’enfer” pour la personne qui meurt “en état de péché mortel”. Je leur ai dit : 1) Tous les péchés, véniels et mortels, peuvent être pardonnés si la personne a un véritable regret (il n’y a pas de limite à la miséricorde de Dieu; la seule limite, c’est notre obstination et notre manque de repentir). 2) La confession sacramentelle est le moyen usuel par lequel les catholiques reçoivent le pardon de Dieu pour leurs péchés [graves] (et une des conditions pour ce pardon est justement la contrition. Ce n’est pas magique) 3) Dieu n’est pas limité aux sacrements qu’il (en Jésus) a donné à l’Église. Il peut agir en dehors de ceux-ci. Cela signifie qu’une personne en état de péché “grave” peut possiblement obtenir le pardon de Dieu (en Jésus) par le regret de ses fautes (en ce monde!), la prière, les bonnes oeuvres…

J’ai terminé mon “sermon”. Pardonnez moi si je me suis étendu sur le sujet. Seulement, voilà, il y a tellement de bêtises qui se disent dans les journaux que je n’ai pu m’empêcher de vouloir préciser certaines choses, par souci de vérité.

Je vous souhaite un bon succès avec les articles à venir.


Laissez une réponse