Le prêtre, cet “autre Christ”…

Le grand prêtre est toujours pris parmi les hommes, et chargé d’intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ; il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse ; et, à cause de cette faiblesse, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple. On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on le reçoit par appel de Dieu, comme Aaron.
Il en est bien ainsi pour le Christ : quand il est devenu grand prêtre, ce n’est pas lui-même qui s’est donné cette gloire ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit :Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré, et qui déclare dans un autre psaume : Tu es prêtre pour toujours selon le sacerdoce de Melkisédek
” (Épître aux hébreux 5, 1-10).

Ce passsage de la lettre aux hébreux, tiré de la liturgie de ce jour, nous donne l’occasion de réfléchir sur le sens du ministère du prêtre au sein de l’Église catholique. Certaines expressions utilisées pour parler du prêtre sont parfois mal comprises de la part des gens. Je pense aux expressions “Alter Christus” et “In persona Christi capitis” (Autre Christ, En la personne du Christ Tête).

Dire du prêtre qu’il est un Alter Christus, ce n’est pas nier son humanité, sa pauvreté ou sa condition de pécheur! “Le prêtre est toujours pris parmi les hommes”, c’est-à-dire parmi le peuple composé de gens “ordinaires”. Il est certes appelé- comme tous les baptisés d’ailleurs mais peut être d’une façon particulière en raison de la dignité de son ministère- à la sainteté, à vivre en conformité avec l’Évangile du Christ. Cependant, Jésus est “l’unique grand Prêtre”. Lorsque le prêtre baptise, c’est le Christ qui baptise. Lorsque le prêtre pardonne les péchés, c’est le Christ qui pardonne les péchés. Lorsque le prêtre dit : ‘Ceci est mon Corps livré pour vous’, c’est le Christ qui dit ces paroles. Si le prêtre vient à s’égarer en paroles, par action ou par omission, ce n’est pas le Christ qui s’égare (!) mais l’homme pécheur qui a été appelé par le Christ à exercer le ministère presbytéral. Le péché du prêtre n’empêchera jamais le passage de la grâce : c’est le Christ qui oeuvre dans l’Esprit Saint (*).

Regardons quelques extraits de la prière de consécration prononcée par l’évêque sur le futur prêtre lors d’une ordination sacerdotale (après l’imposition des mains) :

Pour former le peuple sacerdotal, tu suscites en lui, par la force de l’Esprit Saint, et selon les divers ordres, les ministres de Jésus, le Christ, ton Fils bien-aimé.

Déjà, dans la première Alliance, des fonctions sacrées préparaient les ministres à venir. Tu avais mis à la tête du peuple Moïse et Aaron, chargés de le conduire et de le sanctifier; tu avais aussi choisi des hommes, d’un autre ordre et d’un autre rang, pour les seconder dans leur tâche. C’est ainsi que, pendant la marche au désert, tu as communiqué l’esprit donné à Moïse aux soixante-dix hommes pleins de sagesse qui devaient l’aider à gouverner ton peuple.

C’est ainsi que tu as étendu aux fils d’Aaron la consécration que leur père avait reçue, pour que des prêtres selon la Loi soient chargés d’offrir des sacrifices qui étaient l’ébauche des biens à venir.

Mais, en ces temps qui sont les derniers, Père très saint, tu as envoyé dans le monde ton Fils Jésus, l’Apôtre et le Grand Prêtre que notre foi confesse. Par l’Esprit Saint, il s’est offert lui-même à toi comme une victime sans tache; il a fait participer à sa mission ses Apôtres consacrés dans la vérité, et tu leur as donné des compagnons pour que l’œuvre du salut soit annoncée et accomplie dans le monde entier.

Aujourd’hui encore, Seigneur, viens en aide à notre faiblesse : accorde-nous les coopérateurs dont nous avons besoin pour exercer le sacerdoce apostolique.

Nous t’en prions, Père tout-puissant, donne à ton serviteur que voici d’entrer dans l’ordre des prêtres. Répands une nouvelle fois au plus profond de lui-même l’Esprit de sainteté; qu’il reçoive de toi, Seigneur, la charge de seconder l’ordre épiscopal; qu’il incite à la pureté des mœurs par l’exemple de sa conduite. Qu’il soit un vrai collaborateur des évêques pour que le message de l’Évangile, par sa prédication et avec la grâce de l’Esprit Saint, porte du fruit dans les cœurs et parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.

“Qu’il reçoive de toi la charge de seconder l’ordre épiscopal”. Le ministère du prêtre est donc une extension du ministère de l’évêque. Cela veut dire que lorsque le prêtre prêche, enseigne, exhorte, ou conseille, l’évêque devrait être en mesure de “signer” ce qu’il dit. (De la même façon, l’enseignement d’un évêque devrait pouvoir être “signé” par un des Apôtres– si une telle chose était possible– puisque l’évêque est l’un de leurs successeurs).

Tous les prêtres ne sont pas évêques auxiliaires, mais tous sont auxiliaires de l’évêque!

Seigneur, donne à tes prêtres la grâce de la fidélité et un amour brûlant pour annoncer à leurs frères et soeurs les merveilles de ton amour!

(*) Saint Augustin : Que Pierre baptise, c’est lui [le Christ] qui baptise ; que Paul baptise, c’est lui qui baptise ; que Judas baptise, c’est lui qui baptise” (Tr VI, 7).


Une réponse à “Le prêtre, cet “autre Christ”…”

  1. BT a laissé cette réponse le janvier 16th, 2007 at 13:26:

    Permettez moi de vous féliciter pour la justesse de vos propos et ayant eu la chance d’entendre à la cathédrale cette homélie lundi dernier, je tiens a souligner vos talents d’homéliste et de communicateur. Union de prière en Jésus et Marie


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