Le phénomène WICCA

Le récent document du Vatican sur le Nouvel Âge, « Jésus-Christ le porteur d’eau vive », mentionne explicitement le phénomène néo-païen de la Wicca.

« Wicca » provient d’un vieux terme anglais pour désigner les sorcières (origine du mot witch). Le terme fut lancé en Angleterre en 1939 par Gerald Gardner qui soutenait que la sorcellerie européenne du Moyen Âge était une ancienne religion de la nature persécutée par le christianisme. Les adeptes de la Wicca définissent leur religion comme une religion d’origine chamanique car elle puise abondamment aux rituels magiques employés par les chamans. « Dans la Wicca contemporaine, affirment-ils, les supplices et le recours aux substances hallucinogènes [des chamans] ont été remplacés par le chant, la méditation, la concentration, la visualisation, la musique, la danse, l’invocation et les rituels. Avec ces outils spirituels, la Wicca permet d’accéder à une conscience rituelle similaire aux états de conscience provoqués par les épreuves chamaniques les plus brutales » (site internet ‘wicca’).

La Wicca n’est pas une secte ou une organisation avec des structures précises et des leaders spécifiques. Elle se présente comme une « bonne sorcellerie » qui enseigne que le monde matériel est une réalité parmi plusieurs autres. « La dimension matérielle n’est pas la forme de manifestation supérieure; tout comme la dimension spirituelle n’est pas plus ‘pure’ que les réalités moins élevées ». Aux Etats-Unis, dans les années 1960, la Wicca a rencontré le courant de spiritualité féminine (Women’s spirituality) et cela lui a permis de prendre de l’expansion et de gagner en popularité, en particulier chez les jeunes femmes.

Du point de vue chrétien, la Wicca est un mélange hétéroclite de paganisme, de magie et de superstition. Elle accorde une telle importance à la nature qu’elle en vient à la diviniser et à l’adorer. C’est d’ailleurs ce qu’affirment les adeptes : «Voilà peut-être l’essence de la Wicca – elle est une union joyeuse avec la nature. La Terre est une manifestation de l’énergie divine. Les prairies émaillées de fleurs, les forêts, les plages et les déserts, tels sont les temples de wiccas. […] Lorsque nous perdons le contact avec notre planète bénie, nous perdons contact avec la déité ». Les « disciples » de la Wicca croient également en la réincarnation, qu’il considère être une « évolution de l’âme » :

“Comme les religions orientales, la Wicca soutien la doctrine de la réincarnation. Toutefois, contrairement à certaines philosophies orientales, la Wicca n’enseigne pas que notre âme se réincarnera ailleurs que dans un corps humain après la mort du corps physique. De plus, peu de wiccas acceptent de croire que nous avons commencé d’exister sous la forme de pierres, d’arbres, d’escargots ou d’oiseaux, avant de poursuivre notre évolution jusqu’au point où nous avons pu nous incarner en tant qu’êtres humains. […] Par la contemplation, la méditation et l’auto-analyse, plusieurs personnes en viennent finalement à accepter que la réincarnation est une réalité”.

Les wiccas pratiquent une série de rites magiques, que ce soit des enchantements pour attirer un être aimé ou des cérémonies pour devenir riche. « La Wicca est une religion qui fait appel à la magie. C’est l’un de ses traits les plus attirants, et plus remarquables. […] Dans la Wicca, la magie est un outil qui sert à la sanctification des espaces rituels, au développement de la personne et à l’amélioration du monde dans lequel nous vivons » *. Pour les sorciers de la Wicca, la magie est quelque chose de naturel. Il s’agit d’un « déplacement harmonieux des énergies pour créer un changement nécessaire ». Celui qui veut pratiquer la magie, croient-ils, doivent renoncer à l’idée qu’elle est de nature paranormale ou surnaturelle. Il s’agit selon eux d’une « bonne magie » car── disent-ils── ils ne veulent pas faire de mal à personne et ils rejettent le satanisme.

Soulignons enfin que les wiccas reconnaissent une « dualité de la déité ». « [La Wicca] vénère à la fois la Déesse et le Dieu. Ces derniers sont égaux, chaleureux et aimants; non pas distants, dans un ‘ciel’ lointain, mais omniprésents, dans l’univers tout entier » *. Souvent, au cours de leurs rituels magiques, ils se tournent vers des esprits, des entités non-physiques ou des divinités païennes.

La Wicca comme phénomène ésotérique a pris de l’ampleur ces dernières années en occident. Plusieurs films et séries télévisées ont certainement contribué à rendre la Wicca populaire (The Craft, Buffy the Vampire Slayer, Charmed, sans parler des influences possibles du phénomène Harry Potter). Plusieurs vedettes du cinéma ou de la chanson se présentent ouvertement comme « wiccas » (Rose McGowan, Lorena McKennit, Tori Amos, pour ne nommer que ces trois artistes assez connues). Des magazines pour adolescents font fréquemment mention de la Wicca et la proposent comme une religion alternative. Les jeunes filles en particulier sont fascinées par l’idée de pouvoir être de « gentilles sorcières », et elles utilisent les rituels de la Wicca pour essayer de résoudre les problèmes de la vie courante. Elle s’enferment dans leur chambre et préparent des cérémonies avec des cierges, de l’encens et des petits autels dédiés à une divinité mystérieuse [source].

Réflexion théologique

La superstition, l’idolâtrie et la magie sont condamnées en termes très sévères dans la Bible : « Ne vous tournes pas vers les nécromanciens et ne recherchez pas les devins : ils vous souilleraient. Je suis le Seigneur, votre Dieu » (Lv 19, 31). « Celui qui s’adressera aux nécromanciens et aux devins pour se prostituer à leur suite, je me tournerai contre cet homme-là et je le retrancherai du milieu de son peuple… car je suis le Seigneur, votre Dieu) (Lv 20, 6-7). Le Nouveau Testament, en étroite continuité avec l’Ancien, affirme l’unicité et la seigneurie absolue de Dieu le Père et le salut universel par le nom de Jésus. Saint Paul énumère « l’idolâtrie, la magie, la sorcellerie » parmi les péchés qui nous font perdre l’héritage du royaume de Dieu (Ga 5, 20-22).

En continuité avec l’Écriture, l’Église enseigne que les pratiques occultistes, quelle que soit leur forme, sont incompatibles avec la foi chrétienne. « La superstition, la divination, la magie, le satanisme ‘sont en contradiction avec le respect dû à Dieu seul’ et sont objectivement des actes ‘gravement contraires à la vertu de religion’ » [cf. Catéchisme de l’Église Catholique, no 2110-2111].

“La magie et la sorcellerie sont, en soi, un péché grave, même si parfois interviennent des facteurs subjectifs qui atténuent la responsabilité des personnes. Elles sont un péché contre Dieu, Créateur et Seigneur de toutes choses, à qui seul appartiennent le passé, le présent et l’avenir : lui seul peut connaître à fond la signification de tous les événements. À lui appartiennent toutes les choses créées, qui sont toutes bonnes en elles-mêmes parce qu’elles sont l’œuvre de ses mains, mais aucune d’entre elle ne peut revendiquer pour elle la divinité. La superstition et la magie méconnaissent la Providence, la bonté de Dieu le Père et l’amour infini par lequel, dans le Christ, nous est révélé tout ce qui est nécessaire à notre salut et à notre bonheur [Conférence épiscopale de Campanie, « Superstition, magie, satanisme », dans La documentation catholique, no 2122].”

Les pratiques magiques, par ailleurs, constituent des phénomènes complexes par leur arrière-plan historique, psychologique et social. Dans de nombreuses régions, la mentalité magique vient d’un fond culturel païen que la prédication évangélique et la christianisation n’ont pas faire disparaître complètement. La culture des « pouvoirs » peut être aussi une réaction contre le rationalisme scientiste et une fuite vers l’irrationnel (favorisée par le contact avec l’ésotérisme et les religions orientales).

Pour ce qui est de la réincarnation, l’Église a condamné la théorie de la métempsycose (transmigration des âmes) comme incompatible avec la foi chrétienne dans l’Édit de Justinien au 6e siècle. La facilité avec laquelle beaucoup de gens acceptent la réincarnation est peut-être due en partie à une réaction spontanée et instinctive contre le matérialisme qui se répand. Quoiqu’il en soit, dans le domaine eschatologique, la doctrine de la réincarnation refuse la possibilité d’une condamnation éternelle et l’idée de la résurrection de la chair.

Cependant, la Parole de Dieu affirme : « Les hommes ne meurent qu’une fois après quoi il y a le jugement » (He 9, 27). La véracité de cette parole transparaît clairement dans le discours de Jésus sur le jugement en Mt 25, 31-46 : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche ».

L’erreur principale de la réincarnation consiste dans le refus de la sotériologie chrétienne. L’âme se sauve par son propre effort. On ne peut plus parler alors du Christ Rédempteur. Le noyau de la sotériologie du Nouveau Testament est contenu en ces mots : “ À la louange de gloire de sa grâce, dont [Dieu] nous a gratifiés dans le Fils Bien-aimé. En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce ” (Ep 1, 6-8).

« La perspective de la réincarnation est incompatible avec la conception biblique du rapport entre l’homme et Dieu. […] L’homme n’est pas un dieu égaré qui retrouve sa nature divine originelle au terme d’un long voyage solitaire où il garde l’initiative, mais il est invité à accueillir la grâce divinisante par un acte de libre consentement (explicite ou implicite) à la proposition du salut en Jésus-Christ » [P. Joseph-Marie Verlinde, L’Expérience interdite, Versailles, Saint-Paul, 1998].

Enjeux pastoraux

La religion Wicca comporte son lot de dangers. D’abord, elle invite à croire qu’il peut exister une « bonne » magie, une sorte d’allié qui aiderait à résoudre les problèmes de la vie (vie, qui, très souvent chez les jeunes, est dominée par la solitude, les problèmes familiaux, les difficultés scolaires ou d’insertion dans le monde du travail). Il est plus facile pour la personne qui se sent seule et isolée de devenir victime de la magie et de la superstition, de mettre sa confiance dans des rituels ésotériques, des amulettes et des talismans. À long terme, la peur de l’engagement peut se répandre chez les jeunes wiccas, car ils mettent leur espoir en des forces extérieures à eux-mêmes pour résoudre leurs problèmes.

Un autre danger (réel) est la possibilité d’éventuelles influences démoniaques à l’endroit de toute personne s’adonnant à des activités ésotérique ou occulte. « La possibilité que quelqu’un soit soumis aux forces du mal et même à Satan est une donnée attestée, de diverses manières, dans l’expérience et la conscience de foi de l’Église » [Conférence des évêques de Toscane, « Magie et démonologie », dans La documentation catholique, no 2104]. Selon saint Augustin, la magie est démoniaque; mais à l’opposé, « la religion chrétienne est victoire sur le pouvoir du démon et en rupture complète avec un tel monde » [S. Augustin, De doctrina christiana, II, 35-36].

Il semble que la recherche du magique chez nos contemporains découle d’un besoin de sens et de réponses que la société n’est pas en mesure de leur donner. « Le recours à la magie et aux pratiques de divination devient une compensation du vide existentiel qui caractérise la précarité de notre époque. C’est dans ce vide─ qui concerne même des chrétiens qui n’ont pas grandi dans une foi adulte ─ que se pose l’urgence d’une annonce authentique et enthousiaste de l’Évangile et de la grâce du Christ » [Évêques de Toscane].

Alors que la fascination pour les activités magiques grandit, il est donc important pour les chrétiens 1) d’intensifier l’évangélisation ; 2) de veiller sur le sentiment religieux et sur les pratiques de la foi chrétienne (afin d’éviter que s’insinue la mentalité superstitieuse ambiante) ; 3) d’accueillir les personnes qui gravitent autour de ce monde de magie, qui ont besoin d’être écoutées, éclairées, soutenues par la solidarité et l’intérêt que leur porte une communauté; 4) de catéchiser (exposer systématiquement la foi chrétienne) ; 5) de sanctifier (par la Parole de Dieu et les sacrements) et 6) de bénir (ne pas juger ou condamner mais demander à Dieu des les soutenir par son Esprit Saint) [Évêques de Campanie].


3 réponses à “Le phénomène WICCA”

  1. Britt a laissé cette réponse le février 1st, 2008 at 5:18:

    Je trouve sincèrement dommage que vous preniez des sentiments purs pour des péchés. Au fur et à mesure de mon évolution catholique, j’ai souvent recherché le côté pur que prônait tant la Bible et je n’aurais voulu en retenir que cela. Toutefois, lorsque l’on me dit que Dieu est amour et miséricorde, moi, j’y crois volontiers… ce qui m’indispose un peu plus, c’est la manière avec laquelle vous vous évertuez à démontrer le contraire en reniant des faits ancestraux tels l’homosexualité, pour ne citer que cela, car en quoi le sexe de la personne que l’on aime vous fait dévier du chemin vers le divin? Je sais, vous me direz que vous n’êtes que des hommes avec leurs qualités et leurs défauts… L’amour de l’humanité, n’est-ce pas justement de se respecter les uns et les autres? Je crois qu’un jour cet amour sera possible mais il faudra d’abord démolir les murs que nous nous fabriquons. Je vous rassure, je ne recherche rien d’autre que le bonheur de la multitude. Justement, ne trouvez-vous pas qu’empêcher quelqu’un d’être ce qu’il est, c’est le privé de bonheur?
    Je vous remercie de nous permettre de nous exprimer.
    Bien à vous.

  2. kreen a laissé cette réponse le février 1st, 2008 at 16:28:

    “Je vous rassure, je ne recherche rien d’autre que le bonheur de la multitude. Justement, ne trouvez-vous pas qu’empêcher quelqu’un d’être ce qu’il est, c’est le priver de bonheur?”

    Très bien. Moi, je suis orgueilleux, vaniteux, et envieux. C’est ce que je suis, c’est comme ça que je suis fait. J’imagine donc que, selon votre logique, l’Église devrait arrêter d’enseigner l’humilité, la simplicité de coeur et l’amour du prochain, puisque ces trois commandements me briment dans mon désir d’être orgueilleux, vaniteux et envieux.

  3. Zoziau a laissé cette réponse le janvier 3rd, 2009 at 13:37:

    “l’Église enseigne que les pratiques occultistes, quelle que soit leur forme, sont incompatibles avec la foi chrétienne.”

    Certes, certes ! Et alors ? Je ne suis pas chrétienne, que m’importe cette compatibilité ? Que ce ne soit pas compatible ne me paraît pas un argument suffisant “per se” pour écarter l’une… ou l’autre…

    Me permettrais-je de déclarer que les chrétiens sont “dans l’erreur” quand ils croient que l’univers est “extérieur” au divin et un création volontaire de ce dernier, simplement parce que je n’y crois, personnellement, pas ? Sûrement pas… je me dis que c’est une autre manière de voir et d’expliquer les choses, c’est tout. Je crois que l’on appelle cela “le respect des opinions” et “la tolérance”…

    Dans une grande partie des cas, ce serait peine perdue de tenter la catéchisation des païens - du moins des néo-païens, wiccans ou non. Car la plupart d’entre eux ont grandi et évolué dans un monde où le christianisme est omni-présent. Le christianisme, ils le connaissent. Et s’ils ne se sont jamais tournés vers elle, ou s’ils s’en sont détournés, ce n’est pas par méconnaissance, mais bien parce qu’ils n’adhèrent PAS à ses principes.

    C’est le fond qui pose problème, qui paraît absurde, idiot, insensé, ridicule ou illogique. Et à partir du moment où un élément est réfuté - parce qu’à moins d’un bourrage de crâne sectaire du genre “tous tes outils de comparaison et de réflexion ne peuvent venir QUE d’une source, la Bible/le Coran/le Dictionnaire/le catalogue Picard”, la première qualité de l’humain reste sa capacité à douter, critiquer, comparer, évaluer ET réfuter à partir de SES expériences et de SES réflexions - à partir de ce moment, donc, tout ce qui en découle se délite, se défait, et perd son sens et sa valeur.

    Ainsi donc, la plupart des païens n’adhèrent pas plus au christianisme qu’il n’adhèrent à Raël, Hubbard ou Bouddha (avec une réserve sur ce point, certains wiccans sont bouddhistes - du moins je l’imagine), ou même à la Licorne Rose Invisible ou au Monstre en Spaghetti Volant, pour une raison toute simple: ils n’y croient pas. Ils n’ont pas la moindre raison d’y croire.

    Je note toutefois que la majorité des rites chrétiens, quels que soient leurs prétextes, motifs, explications, restent très proches des rites païens dont ils sont largement inspirés… et donc pour moi, le christianisme, ne serait-ce cette incroyable intolérance de fond, serait une croyance comme une autre : polythéiste (trinité, déesse Marie pour les catholiques, multitude de divinités secondaires appelées “saints” et “saintes”), ritualiste (messe), magique (transsubstantiation) et sacrificielle (communion). Tous les éléments du paganisme le plus primaire y sont…

    Seulement, malheureusement, il a le culot - comme la plupart des monothéismes - de condamner tout ce qui n’est pas lui, avec tous les excès que l’on sait. Rien que pour ceci, je ne saurai jamais y adhérer.

    (en outre, je trouve les fondements du christianisme infantiles, tordus, masochistes et pervers. Mais ça, c’est ma perception des choses, et je ne voudrais pour rien au monde l’imposer aux autres… En ferez-vous autant de vos perceptions, vis-à-vis de ceux qui ne les partagent pas ?)


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