Le mariage des personnes de même-sexe n’est pas une question d’égalité des droits
Fr. Thomas Dowd, de Waiting in Joyful Hope, offre à ses lecteurs le fruit de sa réflexion au sujet du mariage des personnes de même sexe…
Un des arguments qui revient souvent par les partisans du mariage des personnes de même-sexe est que c’est simplement un mécanisme pour assurer les droits civils des couples homosexuels.
C’est un faux argument. Les divers niveaux de gouvernement ont l’option d’assurer ces droits civils (par exemple droits de propriété, droits d’accès, etc…) par d’autres moyens. Le Québec l’a fait, par exemple, en créant la catégorie « unions civiles », qui protègent tous ces différents droits civils de façon générale, plutôt qu’un par un.
Dans son allocution sur le projet de loi C-38 , le premier ministre déclare toutefois qu’il ne soutient pas la création d’une catégorie différente comme celle de l’ « union civile ». Comme il le dit, “séparé n’est pas égal”. C’est une forte rhétorique, car il s’agit d’un slogan tiré du temps de la lutte contre la ségrégation (apartheid) en Afrique du Sud. Pour lui, rien de moins que la pleine reconnaissance du mariage peut faire l’affaire.
La ségrégation en Afrique était erronée, cependant, parce que le “besoin” supposé de la séparation était basé sur des considérations raciales illusoires. Le premier ministre, par ces propos, affirme que les personnes qui croient en la valeur intrinsèque des liens de famille naturels s’accrochent à une théorie aussi indigne que les théories raciales de l’Afrique du Sud. Ce n’est pas simplement épouvantable, mais c’est tout à fait faux. La distinction entre mariage et unions civiles concerne l’inclusion (ou non) des liens de famille naturels dans le concept même du mariage, ce que démontrent bien le projet de loi C-38 et les jugements de la Cour rendus à ce sujet. Si les liens naturels, en tant que tels, sont dignes d’un soutien social particulier, alors ils sont dignes d’avoir une institution qui leur est propre et qui reflète ce soutien social. Cette distinction légale n’est pas injuste parce qu’elle est fondée sur une distinction qui existe dans la vraie vie.
Alors quel est l’enjeu, si ce n’est l’égalité des droits civils? À mon avis, il est question ici de créer non pas la tolérance sociale, mais l’approbation sociale, des unions de même-sexe.
La restriction de la définition légale du mariage aux couples hétérosexuels comprend, comme je l’ai déjà démontré, une reconnaissance implicite de la valeur distincte des liens de famille naturels. Ces liens sont généralement considérés comme étant une bonne chose puisque la société intervient uniquement- pour les rompre légalement- dans des cas extrêmes. Le mariage, donc, contient en lui-même une certaine approbation sociale : bien que ce ne soit pas tous les mariages entre personnes de sexe opposé qui produisent des enfants, le simple fait de réserver le mariage aux couples de sexe opposé fournit un mécanisme pour affirmer et soutenir ces liens de famille naturels qui sont généralement reconnus comme étant bons.
Les rapports homosexuels, de leur côté, ont rencontré une grande désapprobation sociale au cours de l’histoire, au point de menaces contre la vie même des gens. La décriminalisation du comportement homosexuel il y a quelques décennies a marqué le début d’une nouvelle ère de tolérance. Lentement, peu à peu, la loi a été réécrite pour permettre l’égalité au plan des droits civils, aboutissant ainsi à la création de la catégorie des « unions civiles ».
Mais la tolérance n’est pas encore l’approbation ; beaucoup de gens croient qu’à moins que les unions de même-sexe ne reçoivent la même approbation sociale que les unions entre personnes de sexe opposé, la vraie égalité demeurera absente. Pour être honnête, ils ont raison. Quand le gouvernement a décriminalisé le comportement homosexuel, il a affirmé qu’il existe des limites au droit (et à la capacité) de l’autorité publique de légiférer la désapprobation morale. Le côté inverse de la médaille est également vrai : la loi ne devrait pas non plus essayer de légiférer l’approbation morale au delà du domaine des droits civils, parce qu’en faisant ainsi, elle devient en fait une religion, pas un gouvernement.
(Ceci signifierait que le conflit “église-état”– que beaucoup affirme être en train de se produire dans ce débat– n’est pas vraiment un conflit « église-état », mais un conflit entre certaines églises explicites et l’état agissant en tant qu’église implicite. Ceci change considérablement la perspective sur ce qui passe vraiment et explique pourquoi tant de personnes religieuses utilisent des arguments religieux pour une question civile. Ce n’est pas simplement parce que ce sont les seuls arguments qu’ils connaissent; c’est aussi parce qu’ils perçoivent— inconsciemment peut-être— cette “églisification” de l’état).
Le désordre que nous avons en est le résultat. L’égalité culturelle, et pas simplement l’égalité en matière de droits civils, est censée dépendre de l’approbation sociale (ou coïncider au moins avec elle). Pour que cette approbation sociale soit totale, cela exige l’acceptation populaire du statut “marié” des couples de même-sexe. Or, la raison pour laquelle le mariage entre personnes de sexe opposé reçoit- lui- l’approbation sociale est parce qu’il inclut- du moins implicitement- une référence aux liens naturels de famille. Ainsi, on en vient donc à enlever de la définition du mariage l’élément même qui mène à l’approbation sociale du mariage en premier lieu. Ironiquement, en cherchant à se mettre de cette façon sous l’ombrelle de l’approbation sociale du mariage, les couples de même-sexe finissent par tirer la couverture de dessous la chose qu’ils recherchent en premier lieu, à savoir leur égalité. À la fin, il y a bien égalité culturelle, mais c’est une égalité de déshonneur, non pas d’honneur.
CONCLUSION # 1: On pousse souvent les citoyens à croire que s’ils souhaitent réserver la définition du mariage aux unions entre personnes de sexe opposé, c’est qu’ils sont nécessairement des bigots. Ils ne devraient pas avoir à se sentir de cette façon, parce que (1) il n’est pas question ici de nier les droits civils, et (2) l’honneur social accordé au mariage fait écho à quelque chose que seuls les rapports entre personnes de sexe opposé peut avoir, c’est-à-dire l’inclusion intrinsèque des liens de famille naturels honorés comme tels. Étendre la définition du mariage, tel que suggéré par la cour et mis en application dans le projet de loi C-38, enlève toute base pour l’honneur social accordé au mariage en premier lieu.
CONCLUSION # 2: Les gens qui veulent vraiment assurer la séparation de l’Église et de l’État devraient s’opposer au projet de loi C-38, parce qu’en légiférant l’approbation morale sociale, le gouvernement outrepasse ses limites et devient une religion implicite. Ceux qui prétendent vouloir cette séparation mais qui ne s’opposent pas à la loi C-38 essaient, sans le réaliser peut-être, d’avoir les deux parts du gâteau en même temps : ils veulent que l’Église se garde des affaires de l’État, mais ils n’ont aucun problème à ce que l’État se prononce sur des réalités qui appartiennent au champ d’activité de l’Église.
