La notion d’amour dans notre société
La première encyclique du pape Benoît XVI s’intitule “Dieu est Amour”. Voici quelques réflexions sur la notion d’amour dans la société contemporaine.
L’amour est placé en tête des valeurs et des attentes des gens. L’amour est une valeur omniprésente dans les médias électroniques, les journaux, les magazines et la publicité. L’amour est un sentiment reconnu et célébré, parfois exalté et souvent idéalisé. La Saint-Valentin, ‘fête de l’amour’ du 14 février, est devenu un gigantesque événement commercial, au même titre que les fêtes de Pâques et de Noël. Dans les grandes villes du Québec, il y a des Salons de l’amour, tout comme il y a des Salons du livre ou des Salons de l’automobile. Toutefois, devant le nombre impressionant d’échecs, de souffrances et de drames liés à la vie amoureuse et conjugale, plusieurs se sentent désabusés et entretiennent un pessimisme face à l’amour. Mais on peut se demander de quel amour il s’agit!
“Pour nos contemporains, aimer signifie d’abord être amoureux”. Cette phrase (du professeur de théologie morale Xavier Lacroix) résume bien je crois comment l’amour est perçu dans la société occidentale, particulièrement chez les jeunes. Le sentiment amoureux, soutient M. Lacroix, peut embrasser des réalités diverses: le désir sexuel, l’idéalisation de l’autre ou le narcissisme (amour de soi à travers l’autre). Or, l’amour n’est pas seulement un sentiment. Il est décision, orientation, priorité concrètement accordée à l’autre. ‘Aimer, c’est vouloir le bien de l’autre’ (S. Thomas d’Aquin). Le Père Tony Anatrella développe la même idée: “L’amour est un désir et non pas un sentiment, même si la relation amoureuse intègre l’ensemble des sentiments. L’amour est au désir ce que les sentiments sont aux émotions. La relation amoureuse correspond au désir de construire sa vie et de durer dans l’histoire avec quelqu’un parce qu’il a un sens pour soi.”.
L’amour chez nos contemporains se limite souvent à un amour de concupiscence, c’est-à-dire à un amour dont l’objet est un bien pour le sujet : “Je te veux, car tu es un bien pour moi”. Cependant, il ne suffit pas désirer la personne comme un bien pour soi-même. L’amour de concupiscence constitue un aspect important de l’amour entre l’homme et la femme, mais il n’épuise pas l’essentiel de cet amour. Il faut surtout vouloir le bien de l’autre personne, autrement l’amour sera faux dans ses principes et donnera appui à des attitudes utilitaristes. Jean-Paul II (alors Karol Wojtyla) écrivait : “L’amour d’une personne pour une autre doit être bienveillant pour être vrai, autrement il ne sera pas amour, mais seulement égoïsme” (Amour et Responsabilité).
Le discours médiatique sur l’amour, d’ordre de la séduction sexuelle, semble révéler que les principes de l’utilitarisme sont largement admis dans la société actuelle. L’esprit utilitariste considère le plaisir comme l’unique bien et l’unique but de l’être humain et l’empêche ainsi de passer à un altruisme authentique. Une interprétation de l’amour basée sur le principe utilitariste encourage inévitablement une sexualité à dominante fonctionnelle ou érotique, une sexualité coupée d’un véritable contexte relationnel, marqué par un certain narcissisme et un égocentrisme infantile.
Dans une relation où chacune des deux personnes cherche à prémunir son propre égoïsme, le commandement de l’amour de Dieu et du prochain se trouve douleureusement bafoué. La fidélité devient une valeur utopique, le mariage un mode de vie dépassé et inutile, un ovstacle à l’indépendance. L’union sexuelle n’est plus signe du don sans retour, d’un lien privilégié, unique et complémentaire, mais se réduit à l’expression de pulsions premières. L’enfant n’est plus considéré comme un don mais comme une menace à la liberté, à l’autonomie, voire un objet à détruire. Enfin, dans une société imprégnée au quotidien d’images et d’idées homosexuelles ou androgynes, l’altérité sexuelle n’est presque plus reccune et valorisée. Notre culture diffuse et finit par imposer comme référence ce que Tony Anatrella qualifie de “psychologie homosexuée du tous semblables entre l’enfant et l’adulte, et jusque dans le couple hétérosexuel et la relation parentale” (La différence interdite).
L’amour, en tête des valeurs de nos contemporains? Sans doute. Mais nous sommes souvent loin de l’amour authentique, vécu comme don et voulu par Dieu. La première lettre encyclique de Benoît XVI, sur l’amour, arrive à point.
Message-blog d’abord paru le 20 janvier 2006 sur www.benedictus74.blogspot.com/
