Chasteté et continence
De la liturgie du jour :
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 4,1-8.
Pour le reste, vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès, nous vous en prions, frères, nous vous le demandons dans le Seigneur Jésus.
D’ailleurs, vous savez bien quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus. La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté, en vous gardant de la débauche, et en veillant à vous comporter chacun avec votre femme dans un esprit de sainteté et de respect, sans vous laisser entraîner par le désir comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu.
Dans ce domaine, il ne faut pas agir au détriment de ses frères ni leur causer du tort, car le Seigneur punit tout cela, comme nous vous l’avons déjà dit et affirmé. En effet, si Dieu nous a appelés, ce n’est pas pour que nous restions dans l’impureté, mais pour que nous vivions dans la sainteté. Ainsi donc celui qui rejette mes instructions, ce n’est pas un homme qu’il rejette, c’est Dieu lui-même, lui qui vous donne son Esprit Saint.
Une amie- mariée depuis plus d’un an- me racontait cette semaine qu’elle avait voulu témoigner auprès de quelques amies du fait qu’elle avait vécu la chasteté avant le mariage. Une de ces amies lui a demandé : « La chasteté? Qu’est-ce que c’est? »
La naïveté de cette question peut faire sourire. Mais, en réalité, qu’est-ce que la chasteté? Souvent, les gens pensent que la chasteté, c’est l’absence de relations sexuelles. Mais il y a un autre mot pour désigner cela : la continence (ou l’abstinence). Il est possible pour un individu d’être continent mais de ne pas être chaste. Dans la lecture de la messe d’aujourd’hui, saint Paul explique bien ce qu’est la vertu de chasteté : « vivre dans la sainteté », « se garder de la débauche », « se comporter avec l’autre dans un esprit de respect », « ne pas se laisser entraîner par le désir ».
L’auteur de l’article Wikipedia (français) sur la chasteté en explique bien le sens : « La chasteté pour une personne célibataire est une sexualité exprimée non activement (c’est-à-dire en terme de génitalité) mais qui s’exprime à travers l’amitié, l’énergie donnée dans certains projets… Pour une personne mariée, la chasteté implique la fidélité et renforce une attention à l’autre à travers des gestes adaptés, une écoute plus forte de l’autre et une attention à ce que la seule recherche de plaisir physique n’occulte pas la tendresse, le dialogue et l’écoute mutuelle… La chasteté peut être définie par un ensemble de pratiques qui incluent, sans s’y limiter, la continence. Ainsi, on parle de chasteté même dans le mariage : périodes d’abstinence sexuelle, fidélité à l’autre. »
La chasteté est une disposition du coeur et une conversion du regard sur soi-même et sur l’autre : le corps humain est le temple du Seigneur! Quelle grande dignité!
Tout m’est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit… Le corps n’est pas pour l’impudicité. Il est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Et Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera aussi par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres de Christ? Prendrai-je donc les membres de Christ, pour en faire les membres d’une prostituée? Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu…? Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu (1ère lettre de saint Paul aux Corinthiens 6 12-20)
Heureusement, Dieu connaît la faiblesse de l’être humain et lui donne des moyens pour vivre cet idéal de chasteté. Saint Paul énumère l’un des fruits de l’Esprit Saint comme étant “la maîtrise de soi” (Galates, 5,22)— c’est-à-dire maîtrise des pensées, maîtrise du regard et maîtrise des gestes. (Selon l’enseignement du Christ en Matthieu 15,18+ et élaboré par saint Thomas d’Aquin, tout péché naît d’abord dans l’esprit avant de se terminer dans la chair).
Et comment recevoir les fruits de l’Esprit Saint? Par la prière, le jeûne, la fréquentation assidue des sacrements (eucharistie et pardon), la lecture de la Parole de Dieu. Si malgré tout cela, votre lutte pour la chasteté demeure très difficile, il faut vous poser la question : est-ce que je veux vraiment changer ou est-ce que je demeure attaché à mon péché? Votre prière ressemble-t-elle à celle que saint Augustin adressait au Seigneur avant sa conversion : «O Dieu ! Accordez-moi la chasteté, mais pas encore maintenant!» :
Ces bagatelles de bagatelles, ces vanités de vanités, mes anciennes maîtresses, me tiraient par ma robe de chair, et me disaient tout bas : Est-ce que tu nous renvoies ? Quoi ! dès ce moment, nous ne serons plus avec toi, pour jamais ? Et, dès ce moment, ceci, cela, ne te sera plus permis, et pour jamais ? Et tout ce qu’elles me suggéraient dans ce que j’appelle ceci, cela, ce qu’elles me suggéraient, ô mon Dieu ! que votre miséricorde l’efface de l’âme de votre serviteur ! Quelles souillures ! quelles infamies ! Et elles ne m’abordaient plus de front, querelleuses et hardies, mais par de timides chuchotements murmurés à mon épaule, par de furtives attaques ; elles sollicitaient un regard de mon dédain. Elles me retardaient toutefois dans mon hésitation à les repousser, à me débarrasser d’elles pour me rendre où j’étais appelé. Car la violence de l’habitude me disait : Pourras-tu vivre sans elles ?Et déjà elle-même ne me parlait plus que d’une voix languissante. Car, du côté où je tournais mon front, et où je redoutais de passer, se dévoilait la chaste et sereine majesté de la continence, m’invitant, non plus avec le sourire de la courtisane, mais par d’honnêtes caresses, à m’approcher d’elle sans crainte ; et elle étendait, pour me recevoir et m’embrasser, ses pieuses mains, toutes pleines de bons exemples ; enfants, jeunes filles, jeunesse nombreuse, tous les âges, veuves vénérables, femmes vieillies dans la virginité, et dans ces saintes âmes, la continence n’était pas stérile ; elle enfantait ces générations de joies célestes qu’elle doit, Seigneur, à votre conjugal amour !
Et elle semblait me dire, d’une douce et encourageante ironie : Quoi ! ne pourras-tu ce qui est possible à ces enfants, à ces femmes ? Est-ce donc en eux-mêmes, et non dans le Seigneur leur Dieu, que cela leur est possible ? C’est le Seigneur leur Dieu qui me donne à eux. Tu t’appuies sur toi-même, et tu chancelles ? Et cela t’étonne ? Jette-toi hardiment sur lui, n’aie pas peur ; il ne se dérobera pas pour te laisser tomber. Jette-toi hardiment, il te recevra, il te guérira ! Et je rougissais, parce que j’entendais encore le murmure des vanités : et je restais hésitant, suspendu. Et elle me parlait encore, et je croyais entendre : Sois sourd à la voix de ces membres de terre, afin de les mortifier. Les délices qu’ils te racontent sont-elles comparables aux suavités de la loi du Seigneur ton Dieu (Ps. 118, 85) ? Cette lutte intestine n’était qu’un duel de moi avec moi. (Saint Augustin, Les Confessions, livre huitième, chapitre XI)
À plusieurs reprises, les Écritures Saintes insistent sur l’imporance de fuir les occasions qui peuvent mener au péché. (Rappelez-vous la parole de Jésus : “Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de péché…” Matthieu 18,8) Toute personne désireuse d’acquérir intégralement la vertu de chasteté devra prendre les moyens qui s’imposent : éviter les lieux et les divertissements qui peuvent affecter vos pensées et votre imagination (par exemple, clubs de danse, bars, certains films au cinéma) et encadrer votre utilisation de la télévision et de l’internet (endroit public, heures d’utilisation, filtres, redevabilité à une personne de confiance). Bien entendu, chaque individu connaît ses limites personelles.
Saint Jean-de-la-Croix— un des grands mystiques de l’Église— exprime bien le danger des affections sensuelles:
L’affection a-t-elle pour principe une passion sensuelle, elle produit des effets tout opposés : à mesure que l’affection sensuelle prend des accroissements, l’amour de Dieu diminue, ainsi que le souvenir de Dieu. Que dans ce cas cet amour de Dieu se refroidisse et tombe dans l’oubli, c’est chose bien facile à constater, et en même temps la conscience se plaint. Au contraire, quand l’amour de Dieu grandit dans une âme, les affections humaines se refroidissent et se perdent de vue. Ces deux amours étant opposés, il n’y a entre eux ni accord ni assistance réciproque. Celui qui prédomine éteint et anéantit l’autre : c’est ce que nous disent les philosophes. Le Christ lui-même n’a-t-il pas déclaré : “Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit (Jn 3,6) ? En d’autres termes, l’amour né de la sensualité se termine à la sensualité, tandis que l’amour né de l’esprit se termine à l’esprit et fait croître la grâce.
Enfin, bien que le péché contre la chasteté soit (sans doute) l’un des plus “populaire” de notre société actuelle, il n’est pas nécessairement le plus grave aux yeux de Dieu! Le péché que le Seigneur a en horreur plus que tout autre est celui d’orgueil, péché par lequel l’être humain s’enferme dans une sorte d’auto-suffisance en refusant sa condition de créature et de pécheur. Il ne faut donc jamais désespérer de la patience et de la miséricorde du Seigneur! Et surtout, ne jamais perdre de vue cette autre parole du Christ : “Sans moi, vous ne pouvez rien faire”…

Bravo! Excellent article sur un sujet que la plupart des prêtres n’osent plus aborder, mais qui est pourtant plus pertinent que jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité. J’aime la façon dont vous combinez passages scripturaires et extraits d’oeuvres chrétiennes classiques.
Merci d’aborder ce sujet. En lisant l’extrait de Saint Augustin dans votre artice, la question suivante s’est présentée: dans l’histoire de l’église, y a-t-il des exemples de femmes (appelées à la vie religieuse peut-être) qui ont parlé de chasteté vs. l’instinct maternel ? Comment ont-elles vécu cela ?
je pratique chastete et abstinence pour moi c’est le boheur de pouvoir me rapprocher de Dieu