Le déclin de la pratique religieuse

Une touriste américaine de passage à Montréal me demandait récemment : comment expliquer la baisse drastique de pratique religieuse au Québec depuis les années 60 ? Je ne suis pas sociologue mais voici certains éléments de réponse qui me viennent à l’esprit :

1) UNE FOI FRAGILE

Plusieurs personnes de la génération des Baby Boomers ont tout simplement cessé d’aller à l’église par ce qu’ils n’avaient jamais réussi à développer une compréhension mature de la foi catholique. (La foi catholique est vu alors comme une série de choses à “faire” ou à ne “pas faire” plutôt que– d’abord et essentiellement– une relation personnelle avec Jésus Christ). Ils ont quitté parce qu’ils voyaient la pratique religieuse comme faisant partie de leur enfance ou de l’univers de leurs parents. Ces Baby Boomers n’ont pas autant délaissé la foi qu’embrasser la médiocrité- et une certaine vision de la « liberté »- de la culture générale ambiante.

2) LA RÉVOLUTION SEXUELLE

Lorsque la pilule contraceptive a été introduite dans les années 60, l’éditeur de magazine Hugh Hefner aurait dit : « Enfin! Désormais, on va pouvoir utiliser le sexe pour un but uniquement récréatif! » Cette philosophie Playboy et le mouvement de contre-culture hippie (encourageant plus que jamais l’amour ‘libre’ et la monogamie en série) se sont heurtés (et se heurtent toujours) à l’enseignement moral catholique. L’encyclique Humanae Vitae du Pape Paul VI sur le mariage et la régulation des naissances (1968) a suscité chez de nombreux catholiques une vive réaction de rejet de l’autorité magistérielle.

« Les hommes droits pourront encore mieux se convaincre du bien-fondé de la doctrine de l’Eglise en ce domaine, s’ils veulent bien réfléchir aux conséquences des méthodes de régulation artificielle de la natalité.

Qu’ils considèrent d’abord quelle voie large et facile ils ouvriraient ainsi à l’infidélité conjugale et à l’abaissement général de la moralité. Il n’est pas besoin de beaucoup d’expérience pour connaître la faiblesse humaine et pour comprendre que les hommes - les jeunes, en particulier, si vulnérables sur ce point - ont besoin d’encouragement à être fidèles à la loi morale, et qu’il ne faut pas leur offrir quelque moyen facile pour en éluder l’observance. On peut craindre aussi que l’homme en s’habituant à l’usage des pratiques anticonceptionnelles, ne finisse par perdre le respect de la femme et, sans plus se soucier de l’équilibre physique et psychologique de celle-ci, n’en vienne à la considérer comme un simple instrument de jouissance égoïste, et non plus comme sa compagne respectée et aimée. » (Paul VI, Humanae Vitae, n. 17).

Au cours des années qui vont suivre, l’enseignement de l’Église au sujet du divorce et de l’avortement va aussi contrarier les sensibilités modernes. Comment l’Église ose-t-elle brimer la liberté humaine? Pour bien des gens, il devient tout simplement trop difficile et exigeant d’être catholique. Une vie apathique ou d’indifférence morale semble plus intéressante et agréable que les défis constants de la foi dans le monde moderne.

3) L’OMNIPRÉSENCE DE L’ÉGLISE DANS LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE

Peut-on parler d’une « écoeurite aïgue » ? Pour certaines personnes, la seule présence de l’Église catholique au sein de la société québécoise dans les années 50 et 60, ses interventions au niveau politique et social, la constante visibilité des prêtres, des religieux et des religieuses— et par conséquent le constant rappel de l’enseignement de l’Église au niveau moral qui vient souvent bousculer les consciences, déranger les moeurs… cela aurait contribué au dire de certains au délaissement de la pratique religieuse.

4) LES EXPÉRIENCES LITURGIQUES APRÈS VATICAN II

« [Après Vatican II] en de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable. Je parle d’expérience, parce que j’ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses attentes et ses confusions. Et j’ai constaté combien les déformations arbitraires de la Liturgie ont profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l’Eglise. » (Pape Benoît XVI, lettre qui accompagne le motu proprio Summorum Pontificum).

Les bouleversements liturgiques qui ont suivi Vatican II ne sont certes pas le facteur déterminant de la baisse de pratique religieuse. Mais si on en juge par le documentaire de 1972 « Tranquillement, pas vite » qui présente une de ces expériences originales de « reconstruction religieuse », on comprend que certaines personnes aient été désenchantées!

5) LA TÉLÉVISION ET LES NOUVEAUX MOYENS DE COMMUNICATION

« L’Eglise notre Mère sait que [les moyens de communication sociale] quand ils sont utilisés correctement, rendent de grands services au genre humain: ils contribuent, en effet, d’une manière efficace au délassement et à la culture de l’esprit, ainsi qu’à l’extension et à l’affermissement du règne de Dieu. Mais elle sait aussi que les hommes peuvent les utiliser à l’encontre des desseins Créateur et les tourner à leur propre perte. Son coeur maternel est angoissé à la vue des dommages que bien souvent les mauvais usages a déjà causés à l’humanité » (Décret Vatican II Inter Mirifica sur les moyens de communication sociale).

Dans un épisode des Simpsons, Homer préfère demeurer à la maison et regarder le football à la télévision plutôt que de se rendre à l’église avec sa famille. Il passe une merveilleuse avant-midi à manger des gauffres, se promener en sous-vêtements et à gagner un concours à la radio. Il aime tellement sa journée qu’il décide de ne plus aller à l’église : il est “libre”.

BREF

Les facteurs pour le délaissement de la pratique religieuse sont complexes et variés. N’ayant pas moi-même vécu les années 60, je n’ai qu’une perception limitée de ce qui s’est passé! Je sais cependant que plusieurs de ces facteurs ont eu une part à jouer dans mon propre manque d’intérêt envers la religion (jusqu’en 1994). Je suis intéressé à connaître votre opinion sur cette question. N’hésitez pas à laisser un commentaire.


2 réponses à “Le déclin de la pratique religieuse”

  1. kreen a laissé cette réponse le octobre 31st, 2007 at 20:48:

    Oui, tous ces facteurs ont joué un rôle majeur. On pourrait aussi ajouter :

    1- La “dilution” de l’enseignement catholique par beaucoup de croyants, prêtres et laïcs, qui croyaient ainsi rendre le catholicisme plus “comestible” au plus grand nombre. Sauf que ça a eu le résultat inverse : si même les prêtres avouent que des pans entiers du catéchisme ne sont plus vraiment “vrais”, alors, tout le catéchisme entier est suspect! Si telle partie de la Bible est périmée, alors, c’est qu’elle n’est pas vraiment la Parole éternelle de Dieu!

    2- La domination des intégristes laïcs dans les écoles, les médias et au Parlement. Par exemple, êtes-vous capable de nommer un seul politicien québécois ouvertement pro-vie? Moi non plus…

    3- L’accent mis sur l’action sociale plutôt que sur le Salut évangélique. Beaucoup de croyants ont contribué à donner l’impression que l’Église catholique n’était pas grand-chose d’autre qu’une grosse UNESCO ou UNICEF. Or, difficile d’expliquer pourquoi il faut “mourir à soi-même” pour envoyer un chèque de 50 $ par année à Développement et Paix…

    4- La mièvrerie et l’inanité des cours d’enseignement religieux dans les écoles. Ce n’est que quand j’ai commencé à lire par moi-même des écrits chrétiens classiques que j’ai compris que le christianisme pouvait être “cool”! La plupart de mes camarades de classe n’ont pas eu cette chance…

  2. Blog - Le bon grain et l'ivraie a laissé cette réponse le août 27th, 2008 at 8:26:

    Vous avez bien expliqué combien la catéchèse du monde (exaltation de l’hédonisme et de l’individualisme) font écran au message de l’évangile. Les médias présentent aux jeunes des modèles qui sont l’antithèse des saints. La musique véhicule des messages antichrétiens, voyez “Imagine” de Lennon, “On ira tous au Paradis” de Polnareff, “Jésus-Christ est un hippie” de Halliday, “La cerise” de Matmatah… dont j’ai écris les critiques sur mon blog. La foi des famille chrétienne n’est pas toujours assez profonde pour lutter contre cela.


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