Encore le Pape et le condom
Le niveau intellectuel des commentaires qu’on retrouve sur le forum de discussion du Journal de Montréal est plutôt déplorable. C’est toujours facile (et cela vaut pour les Martineau et Gendron de ce monde [chroniqueurs du Journal]) de critiquer et condamner des caricatures (parce que ce sont presque toujours des caricatures que ces gens font des positions de l’Église… ils se plaisent à se faire un épouvantail et à le brûler par la suite) et/ou s’en attaquer à l’intégrité des personnes concernés a coup d’arguments ad hominem.
L’honnêteté intellectuelle journalistique est plutôt basse de ces temps-ci. La haine anti-catholique, c’est tellement plus l’fun!
Voici la réponse complète de Benoît XVI à la question qui lui fut posée (suivie de mes commentaires) :
Question – Votre Sainteté, parmi les nombreux maux qui affligent l’Afrique, il y a également en particulier celui de la diffusion du sida. La position de l’Eglise catholique sur la façon de lutter contre celui-ci est souvent considérée comme n’étant pas réaliste et efficace. Affronterez-vous ce thème au cours du voyage ?Benoît XVI – Je dirais le contraire : je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est précisément l’Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes réalités. Je pense à la Communauté de Sant’Egidio qui accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, aux Camilliens, à toutes les religieuses qui sont à la disposition des malades… Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n’y met pas l’âme, si les Africains ne s’entraident pas, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’augmenter le problème. (1)
La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l’un avec l’autre, (2) et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent.
Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de renouveler l’homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester présents dans les situations d’épreuve. Il me semble que c’est la juste réponse, et c’est ce que fait l’Église, offrant ainsi une contribution très grande et importante. Nous remercions tous ceux qui le font”.
Le Pape a un discours beaucoup plus intelligent que les anti-Église aimeraient l’admettre.
(1) Que la distribution de préservatifs aggrave souvent le problème, ce n’est pas une phrase lancée gratuitement mais un fait attesté. Voir par exemple : ce que dit cet expert de Harvard (Voir aussi le graphique qui indique une augmentation quasi parallèle du nombre des préservatifs distribués par le USAID et la diffusion du VIH/sida, de 1984 à 2003, dans le Population Research Institute Review (mai-juin 2003), p. 10, résumant les données prises du Harvard School of Public Health, UNAIDS, et du Kaiser Family Foundation.) Voir aussi ce document du Conseil Pontifical pour la famille qui explique bien la critique de l’Église envers le préservatif dans les programmes de prévention du SIDA. Autre lien qui abonde dans le même sens, écrit il y a quelques années par un journaliste séculier : « Lutte contre le SIDA : en Afrique l’usage du préservatif n’est pas la réponse« .
(2) Contrairement à l’opinion populaire (et erronée), l’Église n’a pas d’enseignement officiel au sujet du condom comme moyen utilisé pour diminuer les risques de transmission de maladies. (Vous chercheriez en vain dans le Catéchisme!) Elle a un enseignement sur le fait que l’acte sexuel doit être vécu à l’intérieur de l’engagement du mariage– dans un contexte de don total et de fidélité de la part des époux ; elle enseigne aussi qu’à l’intérieur du mariage, l’usage de moyens artificiels de contraception contrevient au sens du don total des époux (aspect unitif) et l’ouverture possible à la vie (aspect procréatif). Elle ne dit pas que chaque union sexuelle doit être procréatrice (donner la vie) mais qu’elle doit demeurer ouverte à cette possibilité.
Autrement dit : l’église est « contre » (si on veut absolument utiliser cette expression) le condom comme moyen de contraception à l’intérieur du mariage chrétien. Elle n’est pas nécessairement « contre » dans d’autres circonstances (eg. : un violeur porte un condom pour commettre son acte ignoble — il ne fait pas un péché supplémentaire aux yeux de l’Église! Même chose pour une personne homosexuelle atteinte de VIH qui a une relation avec quelqu’un : elle ne fait pas un péché additionnel à cause qu’elle porte un préservatif (c’est même un moindre mal!) Mais on ne peut pas dire non plus que l’Église est « pour » l’usage du préservatif puisque le condom encourage une mentalité de promiscuité sexuelle tout à fait contraire à la loi morale chrétienne. L’Église n’offre pas d’enseignements officiels sur les « moindre maux » (même si dans les jugements de cas particuliers, le moindre mal est un facteur qui peut atténuer la culpabilité d’un acte pécamineux).
Lorsqu’on lit les journaux, on a l’impression que l’Eglise dit qu’une personne qui va avoir des relations avec une prostituée ne doit pas utiliser le préservatif, a déclaré le président de l’association des médecins catholiques du monde. C’est par cet exemple que José María Simón Castellví a illustré la superficialité avec laquelle certains médias ont repris ce que le pape a déclaré, au sujet du sida et du préservatif, dans l’avion qui le conduisait mardi de Rome à Yaoundé, au Cameroun. L’Eglise défend la fidélité, l’abstinence et la monogamie comme les meilleures armes, a[-t-il] indiqué, dans une déclaration à Zenit. Cependant, certains médias et même des représentants politiques, ont accusé l’Eglise de promouvoir le Sida en Afrique. Il est évident que l’Eglise n’est pas en train de dire que l’on peut maintenir n’importe quel type de relations sexuelles, à condition de ne pas utiliser le préservatif, explique-t-il. (source)
Voyez également à ce sujet l’article suivant (en anglais) (écrit par un prêtre de l’Opus Dei) sur la « vérité au sujet du condom ».
Enfin, le Pape dans sa réponse a simplement signalé que si la mentalité chez certains peuples ne change pas (mentalité de promiscuité encouragée par la polygamie dans plusieurs pays et cette idée que d’avoir le « plus d’enfants possible »– même à l’extérieur du mariage– est une marque d’honneur), on a beau donner des préservatifs, cela ne règlera pas en profondeur le problème. Le pape n’a jamais dit : « Ceux qui ont le SIDA ne devraient pas porter de préservatif lorsqu’ils ont des unions sexuelles ». Mais il a répété l’enseignement de l’Église sur l’importance de l’abstinence en dehors du contexte de fidélité dans un mariage monogame.

Personnellement, je suis d’accord que le préservatif est un moyen de prévention. le préservatif n’est pas bien utilisé et même un moyen de banalisé les rapports sexuels précosse. l’utilisation du préservatif ne fait qu’augmenter le nombre de malade. Cette maladie pourrais évidemment ne plus être si chacun d’entre nous aurait du respect envers l’autre. Le sida est aujourd’hui et depuis qu’il existe, un grossier manque de respect. le préservatif doit être utilisé mais cela est juste que ce n’est pas un morceau de latex qui remplacera notre comportement face au manque de respect au autre. Mario
Le PAPE est d’une grande sagesse. La sexualité ne doit pas être la porte ouverte à toutes sortes de dérives. Bien évidemment, l’être humain est soumis à des pulsions plus ou moins bonnes mais le préservatif ne règle pas le problème de fond. C’est une mentalité sociale qu’il faut changer.
Veuillez lire la dernière phrase comme suit: c’est toute une mentalité sociale qu’il faut changer. En effet, le sens de l’effort, du respect, de la patience, de l’amour envers l’autre s’effacent au profit du plaisir immédiat concrétisé par le préservatif.
Je suis scandalisée par l’amalgame que l’on fait entre utilisation de condoms et l’incitation au sexe, à la débauche..etc…
alors qu’il est évident que le préservatif permet aux femmes de se protéger et que cela est un moyen pour aujourd’hui les plus démunies d’acquérir une force de s’affirmer, de contrôler leur vie…(il est clair que distribuer des préservatifs ne peut se faire sans accompagnement et sans explication afin de permettre aux femmes de combattre bien des pressions et des préjugés)
je crois qu’il faut arrêter de suivre les préceptes obscurs de vieillards qui ne connaissent que peu de choses à la vraie vie et aux réalités dures souvent bien lointaines des préocuupations des pays développés et de devenir des citoyens du monde éclairés et responsables.
Le Christianisme est censé aider et non enfoncer les plus démunis et les plus pauvres ( n’oublions pas que l’Eglise quelle qu’elle soit a pas mal de choses à se reprocher tant dans l’histoire récente que pluslointaine…donc n’en ajoutons pas!)
« Il est évident que le préservatif permet aux femmes de se protéger » – elles n’ont pas besoin de se « protéger » si leur partenaire est leur époux, fidèle et chaste. De plus, le préservatif peut être aussi une arme d’abus et d’exploitation de la femme, qui ne peut plus compter sur le cycle naturel de son corps pour exiger de son partenaire certaines périodes d’abstinence.
« [Il]est un moyen pour aujourd’hui les plus démunies d’acquérir une force de s’affirmer, de contrôler leur vie ». On pourrait aussi argumenter que c’est une bonne façon pour les pays riches de limiter les naissances des peuples « pauvres » : contraception et avortements à volonté — pas tout à fait encore la liberté et le contrôle réel.
« Je crois qu’il faut arrêter de suivre les préceptes obscurs de vieillards qui ne connaissent que peu de choses à la vraie vie et aux réalités dures souvent bien lointaines des préocuupations des pays développés ». Les communautés chrétiennes sont les plus actives en Afrique auprès des personnes atteintes du V1H, pour prodiguer des soins et de l’accompagnement.
Enfin, il faut relire attentivement l’article-blogue ci-haut qui répond déjà à plusieurs de ces objections.